La découverte des Seychelles

34
Partager :

G. Buttoud sur la colonisation française des Seychelles, depuis la « découverte » de l’île d’Abondance, futur Mahé, par L’archipel des Seychelles, situé dans l’ouest de l’océan Indien, a fait l’objet de quelques études, dispersées, en anglais et en français, souvent axées sur la traite négrière et la société coloniale qui a débuté dans les années 1770. Comme il n’y a pas de synthèse récente sur le sujet, c’est avec intérêt que l’on aborde les travaux de Lazare Picault et son équipage en 1742 jusqu’au transfert de souveraineté de la France à la Grande Bretagne en 1811, dans le contexte des développements outremer des guerres napoléoniennes.

A lire en complément : Quels sont les types de requins qui existent dans le monde ?

L’histoire commence, pour ainsi dire, en 1742, lorsque deux navires de la flotte indienne en Inde basés sur l’île de France, l’actuelle Maurice, ont été envoyés par le gouverneur Mahé de La Bourdonnais à la recherche d’informations sur les îlots situés dans le nord-est de Madagascar. Ils s’approchent de l’île actuelle de Mahé, probablement à Boileau Inlet. L’archipel n’est pas totalement inconnu : il a probablement déjà été fréquenté par des marins arabes, chinois, portugais et, plus récemment (1609), anglais ; l’île actuelle d’Aldabra apparaît même sur des cartes d’origines diverses. La description donnée par nos marins français du lieu est celle d’une île « déserte », à la « végétation très riche », de « forêts pleines de bois utiles à la marine » (p. 17) mais infestée de crocodiles. Personne ne songe alors à y fonder un établissement, nous retournons, sans trop savoir où nous allons, à son port d’attache, Port Louis de l’Île de France. Au cours d’une deuxième expédition (1743), Picault a baptisé l’île d’Abondance puis tout l’archipel nommé d’après le gouverneur Mahé. Une question mérite d’être posée : « Cela vaut-il la peine de s’intéresser à ces îles du bout du monde, qui ne sont pas sur la route habituelle des navires et des frégates des Indes orientales françaises ? Entreprise reliant l’Inde au port de Lorient ? (p. 27) À l’époque, l’étude des îles et leur positionnement sur les cartes ne visaient pas à s’y installer mais plutôt à « les éviter » pour ne pas se perdre ou, à la limite, « s’y ancrer, reconstruire des forces ». (p. 29) Dans l’immédiat, ces « pièges » placés « sur une mer imprévisible » (p. 30) doivent être évités autant que possible.

Au tout début de la guerre de Sept Ans (1756-1763), le gouverneur Magon de La Villebague y envoie une expédition pour en prendre officiellement possession au nom du roi et de la Compagnie française des Indes orientales, ainsi que pour évaluer les rares ressources marines en bois de l’époque. de l’île de France. La prise de contrôle officielle de la plus grande île, Mahé, a eu lieu le 1er novembre 1756. Si cette île est rebaptisée Seychelle ou Séchelles, au nom du contrôleur général des finances Moreau de Séchelles à qui Magon a voulu rendre hommage, l’archipel reste nommé Mahé. C’est au cours du dernier quart du siècle que le nom des îles a été fixé, l’archipel étant appelé « les Seychelles » et l’île principale « Mahé ». Même s’il n’est toujours pas jugé nécessaire de créer un établissement, il existe en revanche un intérêt potentiel pour l’exploitation du bois qui s’y trouve, surtout lorsque le comptoir de Pondichéry est détruit par les Anglais et qu’il en faut beaucoup pour sa reconstruction. L’époque de la Compagnie française des Indes orientales dans les Mascareignes s’achève : cette dernière passe alors sous administration royale. Nous comptons bien faire de l’île de France le carrefour des voies maritimes françaises dans l’océan Indien. Alors pourquoi ne pas faire des îles de Mahé l’une des étapes à ne pas manquer ? Marion-Dufresne, cousin de Magon, est positionné pour une nouvelle expédition qui permettrait, selon lui, d’exploiter la construction et le bois marin lors de son embarquement sur la traite des esclaves, toutes les activités qui, selon Marion-Dufresne, pourraient lui rapporter des profits substantiels… la Curieuse, qui donnerait son nom à deux des îles de l’archipel, a mené l’expédition à la fin de 1768. Une quarantaine de Noirs sont mobilisés pour abattre des quantités importantes de bois. Lorsque l’expédition revient, en charge de ce dernier, en Île de France au début de 1769, elle laisse « sur l’archipel cinq bruns noirs, qui doivent être comptés pour les premiers habitants des Seychelles ». (p. 50) L’expédition a permis de réaliser des relevés cartographiques plus précis et de ramener en Île de France de nombreux plants de cocotiers. Quant à Marion-Dufresne, il s’est enrichi. C’est alors que nous avons rencontré l’intendant Pierre Poivre, en faveur d’une nouvelle expédition qui améliorerait la route entre Port-Louis et Pondichéry : tel est le sens de la mission Grenier en 1769 qui ne prend alors qu’un mois pour aller de Port-Louis à l’Inde. progressivement reconnu comme le meilleur » (p. 67). Ainsi, comme le souligne G. Buttoud, le rôle de l’escale des îles Mahé « sur la route commerciale de l’Inde sera affirmé, tout en créant un marché local potentiel susceptible d’inciter les colons à s’y installer pour approvisionner les bateaux de passage » (p. 68).

A lire également : Les 11 lieux incontournables des Seychelles

À partir de 1770 est formé, sur l’île Sainte-Anne, un « établissement » à l’initiative d’un homme d’affaires de l’île de France, Brayer du Barré. Ce dernier a convaincu les autorités de sa capacité à approvisionner l’île de France en bois, tortues, chèvres et volailles pour nourrir les soldats qui y affluaient. Il pense également pouvoir fournir des esclaves en passant par les Seychelles et se faire une place dans ce commerce particulier. Si les premiers résultats semblent concluants, en particulier l’activité de récolte de tortues, qui rapporte le plus, mais provoque de nombreux conflits, l’administration n’a pas ont l’intention de confier le sort de l’archipel au seul Brayer qui souhaite étendre ses activités à d’autres îles. Poivre souhaite, de son côté, fonder un deuxième établissement sur l’île Séchelle, sous la direction du capitaine de milice Gillot, auquel il a demandé d’identifier un emplacement (Anse Royale) pour créer un jardin d’épices qui ferait de l’archipel les futures Moluques françaises … Brayer, marginalisé puis condamné, est bientôt banni de l’île de France. Comme les premiers colons n’ont pas réussi à établir une agriculture autosuffisante et à vivre dans la pauvreté, l’État a décidé d’investir davantage. Mais en fin de compte, c’est plus une promesse qu’une réalité. Lorsque La Pérouse, en mission, a formellement affirmé l’autorité du roi de France sur l’ensemble de l’archipel en 1773 , il ne restait sur l’île principale « qu’une petite communauté de 38 personnes, composée à peu près à parts égales de colons blancs et de noirs esclaves » (p. 102). Ces premiers colons, qui sont-ils ? Disons, pour retenir la prose de l’auteur, « les pauvres chers gens, réprimés ici par leurs voisins des îles de France et Bourbon qui eux-mêmes, pour la plupart d’entre eux, soufflaient déjà du coude ». (p. 9).

À partir de 1787, la colonisation des Seychelles connaît un nouvel essor : un projet prévoit la création de « petites et moyennes exploitations familiales intensives, basées sur le travail d’un nombre minimal mais restreint d’esclaves » (p. 120) afin de nourrir la troupe qui serait mise en place pour la défense de la archipel et, surtout, « éviter l’accaparement des terres par de grands propriétaires qui prendraient le pouvoir effectif sur l’île plutôt que sur l’État » (p. 121). C’est dans cette optique que l’officier du génie malavois se voit confier le commandement des Seychelles en 1788. Outre la création de concessions agricoles, Malavois entend « promouvoir une véritable stratégie de développement et de développement ». conservation des ressources » (p. 125), en essayant, par exemple, de limiter l’exploitation du bois à quelques espèces considérées comme rentables telles que la production de courbes de takamaka pour la marine et de préserver les tortues de l’extinction en créant des aires de reproduction. Mais Malavois manque singulièrement de moyens pour mener à bien tous ces projets. L’administration royale basée sur l’île de France n’est guère impliquée en faveur des Seychelles. Il n’en reste pas moins que le port de Mahé est devenu une halte pour le rafraîchissement des navires esclaves qui sillonnent la route qui mène de la côte est de l’Afrique à l’Inde et que de nouveaux colons viennent s’installer aux Seychelles.

Suite aux événements révolutionnaires de la métropole, les citoyens de la colonie ont choisi de s’administrer eux-mêmes. Mais si la demande d’une plus grande autonomie de l’archipel ne cesse de s’affirmer au fil du temps, les Seychellois ne parviennent pas à échapper à la supervision du gouvernement général des îles de France et Bourbon. Les deux dernières décennies des Seychelles françaises (1793-1811) ont été dominées par la figure consensuelle du commandant Queau de Quinssyattaque de la rue Saint-Nicaise. Cet ancien officier du régiment de Pondichéry, qui est passé par l’île de France et est devenu un grand propriétaire à Mahé, où il produit et vend du coton, s’efforcera de défendre une certaine identité seychelloise, soucieuse de se démarquer principalement de l’île de France dont dépend l’archipel. administrativement, de maintenir pendant un certain temps les intérêts des esclavagistes confrontés aux pulsions abolitionnistes de la métropole et d’assurer la neutralité des Seychelles dans les conflits entre français et anglais pendant la Révolution et l’Empire. Au cours de ces années, les Seychelles ont souvent servi de lieu de déportation de condamnés politiques, par exemple ceux condamnés pour avoir participé à l’ contre Bonaparte en 1800. Mais la plupart des Seychellois rejettent ces proscrits. De plus, le Les Seychelles sont devenues « une sorte d’entrepôt où les Noirs sont débarqués en attendant d’être vendus sur place ou redirigés vers l’Île de France ou la Réunion » (p. 172). Dans ce contexte de développement économique, l’arrivée de nouveaux colons, « petits blancs » venus principalement de la Réunion, inquiète les « grands blancs » déjà sur place car il n’y a apparemment plus de terres à concéder…

Les Anglais, qui cherchent à sécuriser les routes maritimes menant à l’Inde, se battent principalement contre les corsaires, dont beaucoup ont pris l’habitude de relâcher aux Seychelles. Lorsque les Anglais entrent pour la première fois dans le port de Mahé en 1794, à la poursuite du brick de Hodoul, devenu le plus riche habitant de Mahé, ils exigent que les Seychelles se soumettent. Queau de Quinssy rédige alors des capitulations assez souples, les Anglais se contentant d’exiger la neutralité des Seychelles (l’archipel ne doit plus servir de refuge aux les corsaires, les ennemis de la Grande-Bretagne et les mouvements des navires britanniques ne doivent pas être communiqués aux autorités de l’île de France). Régulièrement, à partir de 1801, les Anglais s’y montrent : les habitants, à chaque fois, se soumettent au grand mécontentement du gouverneur Decaen, bien que bien conscients que les Seychellois n’étaient pas en état de s’opposer à une résistance farouche aux Anglais… Après la prise de l’île de France en décembre 1810, les Seychelles finissent par tomber définitivement dans la pénurie britannique. Lorsque, en avril 1811, le capitaine Beaver avait hissé le drapeau britannique à Mahé et remplacé Queau de Quinssy (qui avait anglicisé son nom à Quincy) par un « agent civil et commandant du gouvernement britannique aux Seychelles », il est devenu évident que les Seychelles ont changé leur tutelle. Toutefois, le transfert de souveraineté ne change pas le statut des Seychelles puisqu’elles sont rattachées à Maurice… De plus, est-ce que le Le Congrès de Vienne ne considère pas Rodrigues et les Seychelles comme des « dépendances » de l’île de France ? Lorsque les Anglais ont officiellement pris possession des Seychelles en 1817 , ils ont forcé le commerce de ces dernières à passer par l’île Maurice en même temps.

Le travail de G. Buttoud, s’il privilégie un cadre événementiel, constitue sans aucun doute une bonne synthèse de la période française des Seychelles. Il s’appuie sur quelques sources et éléments bibliographiques essentiels. L’histoire est complétée par quelques tableaux, une bonne chronologie et un petit dictionnaire des personnalités qui ont marqué cette histoire. On peut tout au plus regretter l’absence de cartes.

Partager :