Comment le Nyiragongo volcan façonne l’économie locale et le quotidien ?

Le Nyiragongo culmine à 3 470 mètres, à seulement 12 kilomètres de Goma, ville de plus d’un million d’habitants. Ce volcan actif du Nord-Kivu ne se limite pas à un risque naturel : il structure le quotidien, l’économie et l’organisation urbaine de toute une région. Comprendre son influence, c’est saisir comment une population entière compose avec la lave sous ses pieds.

Surveillance du Nyiragongo volcan : drones et réforme de l’OVG

Avant de parler d’économie, il faut comprendre comment la menace est surveillée. L’Observatoire volcanologique de Goma (OVG) est l’organisme chargé de suivre l’activité du Nyiragongo au quotidien.

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Après l’éruption de mai 2021, un audit gouvernemental a pointé des failles dans la gouvernance et le financement de l’OVG. Des réformes ont suivi : recentrage sur la surveillance continue et transparence des alertes. La tutelle administrative a été réorganisée, avec de nouvelles procédures de gestion des fonds.

Plus récemment, des drones de surveillance survolent la zone périurbaine dite « Nyiragongo-City ». Les habitants se sont interrogés sur leur rôle. Ces appareils servent à cartographier les fractures du sol, documenter l’urbanisation sur les anciennes coulées de lave et détecter de nouvelles fissures. C’est un changement concret : la technologie aérienne remplace progressivement les relevés de terrain manuels, plus lents et plus risqués.

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Marché local de Goma avec vendeurs de pierres volcaniques et produits frais près du Nyiragongo

Cette modernisation reste fragile. Le financement de l’OVG dépend en grande partie de l’aide internationale, et chaque crise politique ou sécuritaire au Nord-Kivu fragilise la continuité des observations.

Éruption du Nyiragongo et effondrement économique à Goma

L’éruption de janvier 2002 a englouti sous la lave une partie de la ville de Goma. Selon le directeur général de l’OVG, Kacho Karume, cette catastrophe a provoqué la perte de 13 % des infrastructures de Goma et une chute de 80 % de l’économie provinciale. Ces chiffres donnent la mesure du choc.

En mai 2021, le scénario s’est répété sous une autre forme. L’éruption a forcé l’évacuation de centaines de milliers de personnes. Les petites et moyennes entreprises de Goma et du territoire de Nyiragongo ont vu leurs revenus s’effondrer. Deux semaines après l’éruption, plusieurs secteurs étaient à l’arrêt total :

  • Les pétroliers et les entreprises de transport ont cessé leurs activités pendant l’évacuation, privant la ville de carburant et de logistique
  • Le tourisme, habituellement une source de revenus majeure (ascension du volcan, observation du lac de lave), s’est interrompu du jour au lendemain
  • Les entreprises publiques comme la DGDA ou la RVA ont refusé de communiquer sur leurs pertes, signe de l’ampleur du tabou économique

Cette crise socio-économique s’est greffée sur celle provoquée par la pandémie de Covid-19, créant une double pression sur des ménages déjà vulnérables.

Quartiers bâtis sur la lave : le quotidien des habitants de Goma

Vous avez déjà vu une route construite directement sur de la roche volcanique noire ? À Goma, c’est banal. La ville s’est littéralement développée sur d’anciennes coulées de lave. Construire sur ce sol pose des contraintes que la plupart des villes ne connaissent pas.

Dans le quartier Les Volcans, des travaux récents de pavage de l’avenue Tulipier ont été salués par les habitants. Ce type de chantier peut sembler ordinaire ailleurs. À Goma, paver une rue signifie d’abord casser et aplanir la lave solidifiée, un travail long et coûteux. Chaque infrastructure (route, fondation, canalisation) doit composer avec un sous-sol irrégulier et dur.

Volcanologue étudiant les champs de lave solidifiée du volcan Nyiragongo en République Démocratique du Congo

L’urbanisation sur les coulées de lave pose aussi un problème de sécurité. Les zones à risque restent habitées parce que les gens n’ont pas d’alternative viable. Quitter Goma signifierait perdre un emploi, un réseau social, un accès aux marchés. La proximité du volcan est à la fois le danger et la raison de rester.

Économie volcanique au Nord-Kivu : entre risques et ressources

Le Nyiragongo n’apporte pas que des destructions. Le sol volcanique de la région du Kivu est réputé fertile. Les terres agricoles autour du volcan permettent des cultures vivrières qui alimentent les marchés de Goma. Cette fertilité explique en partie pourquoi les populations restent installées dans des zones à risque.

Le tourisme volcanique représente un autre levier. Avant chaque crise, l’ascension du Nyiragongo et l’observation de son lac de lave permanent attiraient des visiteurs du monde entier. Ce flux générait des revenus pour les guides, les porteurs, les hébergements et les commerces locaux. Chaque éruption interrompt cette activité, parfois pour plusieurs années.

Le gaz volcanique constitue une troisième dimension moins visible. Les émanations de dioxyde de carbone et de dioxyde de soufre affectent la qualité de l’air dans les zones proches du cratère. Cela a des conséquences directes sur la santé des habitants et sur certaines activités agricoles sensibles aux gaz acides.

  • Sol fertile grâce aux cendres et aux minéraux volcaniques, favorable aux cultures maraîchères
  • Tourisme d’aventure centré sur le cratère et le lac de lave, source de devises étrangères
  • Risques sanitaires liés aux émissions de gaz volcaniques dans les zones habitées proches

Préparation au risque volcanique à Goma : ce qui a changé

Après 2002, un plan de contingence a été élaboré avec les organisations humanitaires pour organiser l’évacuation des populations vers des sites identifiés. En 2021, ce plan a été mis à l’épreuve. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a dû intervenir en urgence pour nourrir les déplacés.

La préparation reste insuffisante au regard de la densité de population. Goma grandit plus vite que les dispositifs de sécurité ne se modernisent. Les moto-taxis se faufilent sur des routes qui serviraient de voies d’évacuation, les marchés occupent des axes stratégiques. En cas de nouvelle éruption, la congestion urbaine compliquerait considérablement les opérations.

L’usage des drones pour cartographier l’occupation du sol ouvre une piste prometteuse. Identifier les constructions illégales sur les zones à haut risque permet en théorie de mieux planifier. En pratique, déplacer des familles installées depuis des années sans leur proposer de solution concrète reste un défi politique et social majeur.

Le Nyiragongo façonne Goma bien au-delà des éruptions. Il conditionne la valeur des terrains, la direction de l’expansion urbaine, les choix d’infrastructure et les priorités budgétaires. Vivre près de ce volcan, c’est intégrer le risque dans chaque décision quotidienne, du choix d’un quartier à la construction d’une route. Cette réalité ne changera pas tant que la ville et le volcan partageront le même territoire.

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