Les toits superposés des temples balinais échappent à toute règle stricte. Ici, un sanctuaire dresse fièrement onze niveaux, là, un autre se contente de trois, sans qu’on puisse y lire une logique hiérarchique uniforme sur toute l’île. Les pavillons, conçus pour des rituels précis, affichent parfois des contours inattendus, croisant les influences javanaises et balinaises sans complexe.
La forme d’un meru tient autant à la tradition locale qu’au prestige du lieu. Les codes de construction, transmis par les prêtres et les artisans, tolèrent de surprenantes libertés selon les générations et les lignées familiales. Certains temples n’hésitent pas à intégrer des motifs venus d’autres horizons indonésiens, comme une signature qui s’affirme et se distingue.
Pourquoi l’architecture balinaise fascine : origines, croyances et évolution des temples de l’île
Au cœur de Mengwi, dans la régence de Badung, le temple Taman Ayun se dresse, témoin de l’influence d’un royaume balinais et d’une spiritualité façonnée par les siècles. Fondé en 1634 par le roi I Gusti Agung Putu, ce pura kahyangan jagat dépasse la prouesse architecturale : il réunit croyances hindoues, organisation sociale et une relation intime à la nature. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO dans les « paysages culturels de Bali », cet ensemble architectural est le fruit d’une vision mûrie, jamais laissée au hasard.
La structure des temples balinais s’organise selon une logique où chaque espace, chaque pavillon, chaque meru s’ancre dans une fonction précise et un rôle symbolique fort. Les merus, ces pagodes aux étages toujours impairs, rendent hommage à Shiva, Parvati, Brahma ou Vishnu. Le nombre de toits, toujours un chiffre impair, reflète un ordre divin. À Taman Ayun, les différentes cours, jaba, jaba tengah, jeroan, traduisent la cosmologie hindoue : on passe du profane au sacré, du collectif à l’intime.
La vitalité de la culture balinaise explose lors des grandes fêtes religieuses qui rythment la vie du temple. Odalan, célébré tous les 210 jours, Galungan, Kuningan, Nyepi : ces rendez-vous rassemblent les villages et perpétuent une tradition vivante. Taman Ayun, temple de l’eau, rappelle l’ancien système d’irrigation partagé, fondement de l’équilibre entre l’homme et la nature prôné par les Balinais. Ici, l’architecture se fait récit : chaque pierre, chaque toit, chaque alignement raconte la trajectoire d’un peuple et de son territoire.
Meru, pavillons et jardins sacrés à Taman Ayun : immersion dans l’art de bâtir balinais
Le temple Taman Ayun, reconnu par l’UNESCO, s’impose sans ostentation par la pureté de ses lignes et la profondeur de ses perspectives. Juste après le pont de pierre, la première enceinte, le jaba, se déploie au-delà d’une large douve, rappelant l’époque où l’eau, symbole de purification, séparait le sacré du commun. Les jardins, bordés de frangipaniers et de palmiers, créent une transition délicate vers la cour suivante, le jaba tengah. Là, le bale kulkul, pavillon du tambour, rythme les grandes cérémonies et rassemble la communauté.
En s’enfonçant dans l’enceinte, la troisième cour, le jeroan, concentre le cœur de l’architecture balinaise. Les meru, pagodes superposées, élèvent leurs toitures sombres dans une composition parfaitement équilibrée. Le nombre de niveaux, onze pour Shiva, sept pour Vishnu, trois pour Brahma, signale la place de chaque divinité. Cet agencement, ni tape-à-l’œil ni rigide, illustre l’art balinais de la mesure, du respect des proportions et de l’ordre sacré. Un padmasana, autel dédié au dieu suprême, vient clore la visite, soulignant la verticalité du site.
Arpenter Taman Ayun, ce n’est pas seulement découvrir un monument. C’est vivre une expérience où l’ombre et la lumière dialoguent, où l’eau murmure, où la fragrance des fleurs accompagne chaque pas. Le temple, aisément accessible depuis Denpasar, Kuta ou Seminyak, s’offre aussi comme espace de rencontre, d’observation et de pause bienvenue. À quelques mètres, le marché de Mengwi prolonge l’immersion : cuisine balinaise à déguster, échanges simples avec les habitants, une parenthèse précieuse hors du tumulte touristique.
À Taman Ayun, l’architecture ne se contente pas d’impressionner. Elle relie, elle transmet, elle invite à ressentir ce lien unique entre un peuple, ses dieux et son île. Passé le seuil, reste cette envie irrépressible de revenir, ou de regarder le monde avec un œil neuf.


