Pourquoi l’Europe a-t-elle été prépondérante dans la découverte du Nouveau Monde alors qu’à cette époque trois autres royaumes pouvaient revendiquer le titre ?
La Chine, dominée tour à tour par les Mongols puis les Mandchous, s’appuie sur le confucianisme, la prudence politique et une profonde fidélité aux traditions. L’ouverture sur le monde n’est pas la priorité de ses élites. L’Inde, quant à elle, subit la domination mongole. Les rivalités internes, la pression constante des Perses et une mosaïque de territoires entravent toute ambition de projection extérieure. Chez les Turcs et les Perses, l’administration s’avère défaillante, rendant la gestion intérieure et toute politique d’expansion laborieuse, souvent chaotique.
En Europe, la donne est toute différente. Les États, portés par une autorité monarchique et religieuse structurée, se dotent d’une administration efficace. Les rois, épaulés par de puissants ordres religieux, misent sur les grandes expéditions : des financements massifs sont accordés, parfois par des institutions comme l’Ordre du Christ, pour lancer à l’assaut du monde connu… et inconnu.
Jusqu’au XIIIe siècle, l’horizon des Européens ne dépassait guère les côtes d’Afrique du Nord et du Proche-Orient. Les marchands italiens, à la recherche de soie et d’épices, se heurtaient à la mainmise des marchands musulmans sur les ports du Levant. Un nom cristallise cette soif d’ailleurs : Marco Polo. Ce Vénitien s’aventure jusqu’en Chine et, à son retour, décrit dans son livre des Merveilles un continent fabuleux, riche et fascinant. La légende scientifique de Marco Polo vient de naître.
Les motivations européennes pour mener les grandes découvertes
Trois grands moteurs propulsent l’Europe vers les découvertes, puis le commerce et enfin la colonisation. Voici ces ressorts :
| Causes économiques | Causes scientifiques | Causes religieuses |
| Or, épices, produits de luxe. La route de la soie est coupée par les Turcs. | Curiosité aiguë, largement stimulée par le livre des Merveilles de Marco Polo. Besoin d’explorer, soif de connaissance, innovations en navigation, volonté de trouver une route maritime vers l’Inde. | Envie de convertir de nouvelles populations et de poursuivre la Reconquista sur les terres musulmanes. |
Les grands voyages
Au XVe siècle, Portugais et Espagnols cherchent une voie maritime pour accéder aux trésors de l’Inde tout en contournant les territoires musulmans. Le projet est double : élargir le monde chrétien en convertissant les peuples rencontrés et assouvir une soif d’aventure, de nouveauté.
Les progrès techniques changent la donne : la boussole, l’astrolabe, les cartes nautiques (portulans) permettent aux navigateurs de se repérer avec une précision inédite. Les Portugais, eux, inventent la caravelle, navire agile et robuste.
En 1498, la flotte portugaise mise sur l’audace : contourner l’Afrique pour toucher l’Inde. En 1487, elle atteint le cap de Bonne-Espérance. Vasco de Gama devient le premier Européen à accoster sur le sol indien. Christophe Colomb, de son côté, croit pouvoir rejoindre l’Asie en traversant l’Atlantique vers l’ouest. Il convainc Isabelle et Ferdinand d’Espagne de financer son projet fou : en octobre 1492, il atteint les Antilles. Persuadé d’avoir mis pied en Asie, il ignore encore qu’un continent inconnu vient de s’ouvrir à l’Europe : l’Amérique.
En 1519, Magellan embarque depuis l’Espagne, franchit le détroit qui portera son nom à la pointe sud du continent américain et lance la première circumnavigation de l’histoire. Son expédition revient en 1522 : la Terre vient d’être bouclée pour la première fois.
La compétition pour le Nouveau Monde débute alors. Espagne et Portugal s’affrontent au XVIe siècle, la Hollande entre dans la course au XVIIe. Il faudra attendre le XVIIIe pour que France et Grande-Bretagne se lancent à leur tour, freinées par les guerres de religion et d’interminables querelles internes.
La conquête de l’Amérique par les Espagnols
À leur arrivée, les Espagnols découvrent un continent peuplé d’Amérindiens, organisés en trois grandes civilisations : les Aztèques, les Mayas et les Incas. Ces peuples cultivent le maïs, la pomme de terre, la tomate, le cacao ou le tabac , plantes inconnues en Europe. Leur savoir-faire avec les métaux précieux est remarquable, mais ils ignorent encore le fer, la roue et l’argent. Leur maîtrise des mathématiques et de l’astronomie impressionne. Polythéistes, ils disposent de calendriers complexes, de systèmes d’écriture, mais pratiquent aussi des sacrifices humains, ce qui, aux yeux européens, les place du côté des “barbares”.
Les conquistadors, ces conquérants venus d’Espagne, s’emparent, dans la violence et parfois avec une poignée d’hommes, de territoires immenses. Leur supériorité technologique, alliée aux rivalités entre peuples amérindiens, fait la différence. En 1521, Cortés soumet l’Empire aztèque avec quelques centaines de soldats ; dix ans plus tard, Pizarre et Almagro abattent l’Empire inca au Pérou. Les grandes civilisations amérindiennes sont balayées.
Les premiers empires
Les Espagnols imposent leur domination sur les Antilles, l’Amérique centrale, les Andes et même les Philippines. Ces terres deviennent des colonies : des territoires conquis, administrés, exploités et parfois peuplés par des Européens. Les colons espagnols s’installent pour de bon, exploitent mines d’or et d’argent, créent de vastes domaines agricoles, tout cela grâce au travail forcé des populations locales. L’objectif ? Tirer le maximum de richesses du pays conquis pour enrichir la couronne espagnole.
Cependant, les populations amérindiennes sont décimées, victimes de mauvais traitements, des maladies venues d’Europe mais aussi du bouleversement de leur mode de vie. Pour pallier la disparition des indigènes, les colons font venir des esclaves d’Afrique, amorçant ainsi un commerce qui marquera durablement l’histoire.
De leur côté, les Portugais bâtissent un empire maritime. Ils installent des comptoirs, ces ports fortifiés servant de bases commerciales, sur les côtes d’Afrique, d’Inde, de Chine, d’Indonésie et du Brésil. Le commerce de l’ivoire, des épices, des bois rares et des esclaves fait la fortune des marchands portugais.
Dans les ports atlantiques comme Séville ou Lisbonne, dans ceux de la mer du Nord tels qu’Anvers ou Amsterdam, l’activité explose. Ces villes deviennent les plaques tournantes d’un commerce inédit, drainant les produits venus d’Amérique et d’Asie.
L’Europe s’impose alors comme le centre du grand commerce planétaire : c’est à cette époque que la mondialisation, dans son sens originel, prend racine. Un nouveau chapitre s’ouvre, marqué par la circulation des hommes, des biens et des ambitions, dont l’écho résonne encore dans nos sociétés.


