1996. Singapour n’a pas encore la réputation de Mecque de l’art contemporain. Un musée décide alors de bousculer la donne. Dans une ancienne école missionnaire du XIXe siècle, le Singapore Art Museum, ou SAM pour les initiés, ouvre ses portes et bouleverse les codes. Premier musée de la cité-État entièrement consacré aux arts visuels contemporains, il s’impose rapidement comme un acteur incontournable de la scène artistique d’Asie du Sud-Est, et bien au-delà.
Le Singapore Art Museum, que l’on surnomme volontiers SAM, occupe aujourd’hui une place à part dans le paysage culturel de Singapour. Installé dans des murs chargés d’histoire, le musée se consacre entièrement à l’art contemporain, offrant aux visiteurs un panorama saisissant de la création en Asie du Sud-Est et en Asie. Sa collection impressionne : elle compte parmi les plus vastes au monde pour cette région. SAM ne se contente pas d’accumuler les œuvres : il multiplie les collaborations avec des institutions internationales, co-organisant régulièrement des expositions d’envergure qui font dialoguer les artistes d’ici et d’ailleurs.
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Depuis ses débuts, SAM a bâti une collection qui fait référence dans le monde de l’art, tout spécialement en Asie du Sud-Est. Chaque année, ses équipes enrichissent ce fonds, tout en gardant l’œil ouvert sur les scènes internationales. Ce dynamisme se traduit aussi par des prêts d’œuvres et des expositions qui voyagent aux quatre coins du globe, donnant à la création asiatique une visibilité rare.
Remontons le fil du temps. Le 20 janvier 1996 marque l’inauguration officielle du Singapore Art Museum, alors baptisé Musée des Beaux-Arts. Ce projet, imaginé par le Musée national, visait à créer un véritable pôle muséal au cœur de la ville, réunissant cinq établissements : le Singapore History Museum, le Museum of Civilizations Asians, le People’s Museum et le Children’s Museum, aux côtés du Musée des Beaux-Arts.
Pour donner vie à cette ambition, la restauration de l’ancien bâtiment Saint-Joseph fut lancée. Simultanément, un conseil d’administration de onze membres fut constitué, présidé par l’artiste et chirurgien Earl Lu, épaulé notamment par Low Chuck Tiew, collectionneur reconnu, et Shirley Loo-Lim. Ce groupe avait pour mission de constituer une collection forte, mêlant œuvres d’artistes majeurs d’Asie du Sud-Est, d’Asie de l’Est et de jeunes talents prometteurs.
La restauration du monument, alors âgé de 140 ans, exigea plus de deux ans de travaux et un investissement de 30 millions de dollars singapouriens. Lorsque le SAM ouvrit ses portes au public, le 20 octobre 1995, un lustre en cristal Swarovski de 325 kg trônait à l’entrée principale, clin d’œil à l’alliance entre tradition et modernité. Quelques mois plus tard, le Premier ministre de Singapour, Goh Chok Tong, officialisait l’ouverture du musée, rappelant combien ce nouveau quartier dédié aux arts et au patrimoine affirmait la vocation de Singapour comme carrefour culturel et intellectuel en Asie.
Le temps n’a pas figé les ambitions du SAM. En 2019, le musée a entamé une nouvelle transformation, avec une rénovation à 90 millions de dollars visant à agrandir les espaces et moderniser les infrastructures, tout en respectant l’architecture historique. Pendant cette période de travaux, les expositions et événements se poursuivent hors les murs, dans des lieux partenaires et espaces communautaires.
Situé au cœur du quartier des arts et de la culture de Singapour, le SAM rayonne à deux pas des principales écoles et institutions artistiques du pays : Nanyang Academy of Fine Arts, LASALLE College of Arts, Stamford Arts Centre, Selegie Arts Centre, Singapore Calligraphy Center, YMS Arts Center, Singapore Dance Ensemble, Action Theatre et School of the Arts. Outre son bâtiment principal, le musée dispose d’une annexe au 8 Queen Street, baptisée « SAM at 8Q », où sont exposées tant des pièces issues de sa collection permanente que de nouvelles installations contemporaines.
L’architecture du SAM reflète cette histoire multiple. Le bâtiment principal, datant de 1855, occupe l’ancienne institution Saint-Joseph sur Bras Basah Road. À ses côtés, « SAM in the 8th Quarter » s’est installé dans l’ancienne école secondaire catholique de Queen Street. Le musée s’est aussi illustré en organisant la Biennale de Singapour à plusieurs reprises, confirmant sa place d’acteur central sur la scène de l’art contemporain régional.
Les espaces du musée racontent, eux aussi, une histoire singulière. Les galeries du bâtiment central sont nées de la transformation des anciennes salles de classe. Le Glass Hall, aujourd’hui salle d’exposition, était jadis un gymnase largement ouvert. Même l’ancienne chapelle a été reconvertie, accueillant désormais des œuvres d’art là où résonnaient autrefois les chants religieux. Les ailes de Queen Street et Waterloo Street, autrefois connues sous le nom d’Anderson Building, rendent hommage à l’ancien gouverneur John Anderson. Quant aux cours, elles rappellent les quadrangles d’école d’antan.
Accéder au SAM s’avère simple, le musée étant desservi par l’ensemble des transports publics : bus, taxis, réseau MRT. Deux minutes suffisent à partir de la station de métro Bras Basah ; dix minutes de marche depuis Bugis, Dhoby Ghaut ou City Hall.
Le Singapore Art Museum mise sur une programmation vivante, alternant accrochages issus de sa collection permanente et expositions temporaires, pour offrir une vision large de la création contemporaine asiatique. À partir de 2001, le musée a élargi ses acquisitions et accepté des dons venus de toute la région. Parmi les artistes exposés, on compte Cheo Chai Hiang, Dinh Q Le, Natee Utarit, Nge Lay, Suzann Victor et Titarubi.
Les collaborations internationales rythment aussi la vie du SAM. Citons, par exemple, des projets menés avec la Deutsche Bank ou le Art Museum for the Yokohama Move, le Tokyo Museum of Contemporary Art (avec des œuvres de Yayoi Kusama ou Yasumasa Morimura), ou encore Video, An Art, A Story avec le Centre Pompidou, réunissant des artistes comme Bill Viola, Jean-Luc Godard ou Bruce Nauman. Le musée invite également des créateurs étrangers à intervenir à Singapour : le Français Stéphane Blanquet, par exemple, a conçu Distorted Forest lors du festival Night Lights 2012 et Glossy Dreams in Depth pour Art Gardens en 2013. Emmanuel Guillaud y a présenté une version in situ de son installation Until the Rising Sun en 2011.
Le Singapore Art Museum revendique un ancrage fort dans les pratiques contemporaines, particulièrement à Singapour et en Asie du Sud-Est. Il ne cesse de renforcer sa collection, tout en développant des échanges et des prêts avec des institutions du monde entier. Ce travail de réseau contribue à faire rayonner l’art contemporain d’Asie sur la scène internationale.
L’art contemporain, c’est l’art des créateurs d’aujourd’hui. À Singapour et dans toute l’Asie du Sud-Est, ce mouvement émerge dès les années 1970 et connaît un tournant décisif dans les années 1990. Il s’agit d’un art en prise directe avec la société actuelle, ses enjeux, ses crises, ses interrogations sur l’identité, la culture, l’impact de l’homme sur son environnement. Les artistes contemporains explorent toutes les formes : installations, vidéos, performances, œuvres hybrides. Leur démarche n’hésite pas à remettre en cause les frontières habituelles de l’art et à questionner notre perception même de ce qui fait œuvre.
Face à une création contemporaine, le regard du visiteur est sollicité. On s’interroge : l’œuvre interpelle-t-elle, surprend-elle, déplace-t-elle notre point de vue ? L’esthétique n’est plus l’unique critère. Ce qui compte, c’est aussi la capacité de l’artiste à bousculer, à inviter au débat, à proposer un regard neuf sur le monde.
Pour enrichir ses visites, le SAM met en place de nombreux programmes éducatifs et ateliers. Voici un aperçu des initiatives proposées :
- Des ateliers et rencontres en lien direct avec les expositions, permettant d’explorer différentes tendances et pratiques de l’art contemporain, ouverts à tous les âges
- Des actions de médiation qui sortent des murs du musée pour aller à la rencontre du public, dans les écoles, les centres communautaires ou chez des partenaires
- Des supports d’activités téléchargeables, adaptés à tous les niveaux scolaires, pour accompagner la découverte de l’art contemporain dès le plus jeune âge
Franchir les portes du Singapore Art Museum, c’est plonger dans l’énergie créative d’une région en pleine effervescence. Ici, chaque salle, chaque exposition, chaque œuvre dessine une Asie qui ne cesse d’inventer, de questionner, de dialoguer avec le monde. L’art contemporain s’y vit comme un laboratoire ouvert : on en ressort, souvent, l’esprit bousculé, prêt à regarder la ville, et bien au-delà, d’un œil neuf.

